© Charles Masson i Diábolo
Diábolo va publicar el darrer quatrimestre del 2010 una extraordinària novel·la gràfica de Charles Masson, metge i autor de còmics francès, que durant la seva estada professional a la illa Mayotte (colònia francesa al costat de Madagascar), va decidir donar veu als marginats de les polítiques europees. Derecho de suelo és una contundent denúncia de les injustícies de la globalització mal gestionada.
Diábolo publicó en el último cuatrimestre del 2010 una extraordinaria novela gráfica de Charles Masson, médico y autor de cómics francés que durante su estancia profesional en la isla Mayotte (colonia francesa junto a Madagascar), decidió dar voz a los marginados de las políticas europeas. Derecho de suelo es una contundente denuncia de las injusticias de la globalización mal gestionada.
1.Comment a-t-on été votre expérience à Expocomic(Madrid)? Comment évaluez-vous la réaction de vos lecteurs?
Charles Masson: C'était la première fois que j'allais en Espagne, j'ai découvert un pays extraordinaire… J'ai complètement adhéré au mode de vie, à cette façon de se coucher tard et de faire la fête.
Parallèlement j'ai découvert des choses si merveilleuses au Prado et au Museo Sophia, que je me sens obligé de retourner à Tolède pour aller voir d'autres tableaux de El Greco... Mon prochain voyage en Europe sera en Espagne.
En ce qui concerne l'Expocomic, c'était très sympathique, avec des éditeurs très accueillants et une ambiance bon enfant. J'ai découvert les jeunes fans de mangas déguisés que nous n'avons pas encore dans les festivals en France. Plutôt sympa, ça met enfin de l'ambiance.
2.Droit su sol c'est un livre de message contondant. La critique à la politique de Sarkozy dans l'île de Mayotte, est-ce que pourrait être extrapolé à la politique des pays occidentaux vers les pauvres pays?
Ch.M.: Je crois effectivement que la critique que je porte dans Droit du Sol est globale pour tous les pays du Nord et riches, il est clair que le seul moyen rentable qu’ils trouvent pour régler leurs problèmes vis à vis des pays pauvres est de fermer les frontières. Plutôt que d'équilibrer les rapports politiques, économiques et sociaux avec ces pays, il est plus simple d’avoir une collaboration active avec leurs services de police et de sécurité. C'est ce qui est fait, et c’est pathétique, et cela doit changer. L'exemple de l’attitude de la France avec la Tunisie récemment est éloquent.
Pour l’Espagne? Je crois qu’une vague de régularisation de sans-papiers avait eu lieu il y a quelques années, ce qui avait épaté l’Europe... Mais qu’en est-il avec la crise, maintenant...
3. Votre engagement social a-t-il évolué tandis que vous écriviez le livre ? Votre formation comme médecin a-t-elle favorisé cette évolution?
Ch.M.: Mon engagement social est particulier, puisque je ne suis ni associatif, ni engagé dans un quelconque mouvement. J'ai la chance de pouvoir m'exprimer grâce à mes livres bet j’en profite pleinement.
Sur un plan personnel, par contre, j'essaye d'aider mon prochain, mais je privilégie les rapports humains, terre à terre. Je laisse les hautes sphères de décision à ceux qui sont au-dessus des nuages.
Mon boulot de médecin me permet de rencontrer des gens de tous les milieux, de discuter avec eux… On raconte tout à son médecin… et c'est dans ce sens que ce métier de médecin m'aide à forger mes histoires, et aussi mes convictions personnelles.
4. De différentes histoires qui sont entrecroisées dans le livre, laquelle de celles-ci vous a donné plus de travail et pourquoi?
Ch.M.: C'est le personnage de la femme qui m'a posé quelques problèmes d'écriture, car lorsque je fais mes scénarios, j'écris de façon automatique et très brutale, et ce ton d’écriture n'était pas cohérent avec les pensées d'une femme. Il a fallu que j'adoucisse le trait et que j'élimine tout ce qui pouvait être vulgaire.
5. Les personnages réagissent de diverses formes devant la réalité de Mayotte: avec indifférence, avec engagement, avec paternalisme, avec envie, etc. Laquelle de ces réactions apparaît à vous plus violents ou incompréhensibles?
Ch.M.: Les réactions les plus violentes sont sans doute celles de Serge, l'employé de téléphonie mobile, qui arrive à Mayotte avec des idées très humanistes, très paternalistes, et qui va progressivement, aveuglé par l'amour, soutenir les thèses très racistes, excluantes et discriminantes. Il part du plus haut au niveau des sentiments pour arriver au plus bas. Cela m'intéressait de décrire un changement complet d'optique de vie chez quelqu'un qui se retrouve dans un environnement qu'il ne comprend pas.
Aucune des réactions que je cite n’est incompréhensible: pour préparer ce livre, je m'étais documenté et notamment j'avais lu Annah Ahrent et Primo Lévi qui expliquent très bien les rapports victimes-bourreaux.
La vie, dans nos pays, n'est qu'une affaire de choix et Serge, du fait de son statut social et de ses origines est purement responsable et coupable de ses pensées malsaines, il les a choisies, il était en mesure de choisir.
Mais dans certaines circonstances, et notamment la misère profonde (que je dissocie de la pauvreté), ces choix ne se présentent plus. Quand on crève de faim, tous les moyens sont bons pour trouver à manger.
J'espère que ce livre montre ces différentes situations.
6.La fin du Droit du sol ferme le livre de forme dramatique. Croyez-vous que le monde occidental s'est habitué à voir trop de fins dramatiques?
Ch.M.: Si j'ai fait ce livre, c'est raconter les quatre dernières pages. Si ce livre dramatique, c'est parce que la vie sur cette planète est dramatique.
Ce que je raconte dans ce livre n'est pas un fait-divers, c'est un phénomène de société. Quand j'étais en train d'écrire le scénario, j'ai raconté l'histoire en Europe, et personne ne me croyait. Alors, je me suis donné la fonction de témoin plutôt que celle de conteur, je voulais... je devais raconter la fin de l'histoire, et pour cela il fallait que j’en plante le décor, cela m'a pris 400 pages.
Une fois le décor planté, à vous de lire la seule vraie histoire intéressante de ce livre : les quatre dernières pages.
7.Quel prix avez-vous payé pour écrire ce bande dessinée?
Ch.M.: J'ai vieilli de 10 ans en faisant ce livre, car j'ai arrêté de dormir pendant les neuf mois que je dessinais. Il me semblait nécessaire que ce livre sorte le plus tôt possible, et c'est pour cela que je l'ai rendu à Casterman, mon éditeur français, avec 10 mois d'avance.
Initialement, je devais faire des gris, mais j'étais trop fatigué pour continuer, et c'est ainsi que vous avez eu un livre en noir et blanc strict.
Autre chose aussi...j'ai arrêté de travailler à Mayotte après le livre. Politique… Politique…
8.Quels auteurs français de bande dessinée vous intéressent-ils ? Vous identifiez-vous à un d'eux par son engagement social?
Ch.M.: Limiter la bande dessinée à la France et une erreur comme je l'avais dit à la Fnac de Madrid. Je passe mon temps à chercher les bonnes bandes dessinées sans me soucier de savoir si elles sont françaises ou non.
Mon dernier coup de coeur est un manga qui s'appelle “une sacrée Mammy”, alors que je n'aime pas trop son dessin, mais je privilégie toujours le scénario au dessin.
Également, pour la B.D. étrangère, mon livre de chevet est “Perramus” d'Alberto Breccia, et Ernie Pike de Pratt et Oesterheld . Et incontestablement je suis fan de Carlos Gimenez dont “Paracuellos” a été réédité en France. J'attends la réédition “des Professionnels” qui est certainement le livre qui m'a donné envie de faire de la BD.
En France, j'aime beaucoup ce que fait Manu Larcenet, tant au niveau des idées que de sa narration qui est brillante. J'aime aussi beaucoup Nicolas de Crécy, Frank Bourgeron, Daphné Collignon et puis ... mon maître d'enfance : Didier Conrad.
En ce qui concerne l'identification à un auteur, j'ai une admiration pour Étienne Davodeau qui fait avec talent ce que je voudrais faire… Je lui ai d'ailleurs dit que je ne faisais que survoler ses livres... Je ne les lis pas vraiment car j'ai trop peur qu'ils m'influencent ou me démoralisent. Je les lirai quand j'arrêterai de faire de la bande dessinée.
9. Pouvez-vous nous parler de vos proches projets?
Ch.M.: D'abord je vais être papa pour la deuxième fois, et cela me prendra un peu de temps. Et puis, je continue mon activité de médecin ORL. J'ai peur de manquer de temps. Je viens de finir un livre pour Futuropolis, en tant que dessinateur.
Je débute en ce moment un nouveau roman graphique pour Casterman de 200 pages, sans implication sociale ni politique, simplement des histoires d'amour maladroites.
J'ai également en projet une série de B.D. pour les petits-enfants qui sortira chez un petit éditeur français... En effet, si je fais de B.D. très sérieuses et très engagées, je n’oublie pas que je suis entré dans le monde de la B.D. comme lecteur, comme un lecteur enfant, et je ne renie pas tout ce monde de la B.D. et du divertissement.
Si j'aime faire réfléchir les autres, sur un plan personnel, j'ai aussi besoin de rêver. Je reviens donc un peu au rêve…